vendredi 9 juillet 2010

Editorial

Bulletin Convergences et alternative n°3 (7 juillet 2010)


Le pays est géré par une bande de malfaiteurs et de profiteurs (cigares, hôtels luxueux…), qui projette le casse du siècle : détruire les conquêtes sociales. Pourtant, la journée du 24 juin a montré que la résistance populaire peut bloquer la machination.
Mais l’impératif est de donner une perspective politique à l’action. Le NPA n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Son orientation souffre d’un complexe de supériorité/infériorité. Supériorité, lorsque qu’on fait croire que le NPA seul est capable de peser sur la remise en cause du capitalisme. Infériorité, lorsqu’on pourrait envisager un front social et politique durable avec le Front de gauche et d’autres, et que le NPA refuse par peur de se retrouver, on ne sait comment, au « ministère d’un gouvernement social-libéral » ! Pourtant, la justesse de nos propositions et l’implication de nos militants ne devraient pas nous faire hésiter. Un vrai front social et politique, décliné également localement, devrait servir de réceptacle à la convergence des luttes, en reliant tous les combats, en popularisant un programme d’urgence.
Nous devons à la fois éviter le scénario italien, empêcher une gauche unie sur le renoncement, et porter l’orientation anticapitaliste dans le débat public. Les questions de la crise, des retraites, des salaires, des licenciements, de la réquisition des banques doit être posée à échelle de masse.
La tâche nécessitera une âpre confrontation politique. Pour cela, nous avons besoin d’un parti anticapitaliste attractif et rassembleur, qui refuse tout sectarisme, menant ses propres campagnes en parallèle au front politique.

Frederic Yermia

jeudi 17 juin 2010

Rassembler pour une alternative anticapitaliste à gauche !

Déclaration finale adoptée à la réunion nationale « pour un NPA pluraliste et unitaire » des 5 et 6 juin 2010


Les participant-e-s à la réunion nationale des 5 et 6 juin réaffirment l’importance vitale pour le NPA que son prochain congrès décide d’un changement d’orientation par rapport à celle mise en œuvre ces derniers mois, notamment lors de la campagne des régionales ou de la campagne emploi telle qu’elle a été menée.
La déclaration dite des 28, intitulée « Ne pas abandonner ! Relancer le projet large, pluraliste et unitaire du NPA », adoptée lors du CPN du mois de mars, reprise aujourd’hui par plus de 300 militant-e-s, affirmait : « Il s’agit bien de revenir au projet initial du NPA de construire un parti anticapitaliste large, pluraliste et unitaire. Cela implique de clarifier les ambiguïtés, les non-dits et un certain nombre de compromis du congrès de fondation. Ainsi, par exemple, la perspective de la construction d’un parti anticapitaliste pour la transformation révolutionnaire de la société ne peut être qu’une simple formule. Elle doit être sérieusement précisée car elle donne lieu à des interprétations parfois contradictoires. Cela nécessite aussi de définir une politique unitaire conséquente dans les mobilisations sociales, mais aussi sur le plan politique de manière à pouvoir peser sur les recompositions politiques à l’œuvre à la gauche du Parti socialiste. En un mot donner une dimension concrète à la formule constitution d’un front politique et social ».
Cette ambition est d’autant plus d’actualité qu’une partie de la position A défend une orientation isolationniste qui ne donne pas de traduction sur le plan politique à la résistance et aux mobilisations nécessaires contre les politiques d’austérité menées en Europe et en France et refuse d’intervenir dans les processus de recomposition politique en cours à la gauche du Parti socialiste. Cette orientation les rapproche des camarades du CPN de l’ex-position B qui réduisent la définition du NPA à un simple slogan « le parti des luttes » – ce qu’il doit être mais dont le rôle ne peut se limiter à cela – ce qui, paradoxalement, limite sa capacité à peser réellement dans les mobilisations et les luttes.

Il y a donc urgence à ce que s’exprime une autre orientation.


Nous avons commencé à en tracer les contours avec la déclaration des 28 ou le contenu des amendements dit « Aguirre » face auxquels les camarades mentionnés ci-dessus ont fait un véritable tir de barrage.

Si des différences existent entre NPAL – regroupement de camarades partie prenante de la déclaration des 28 qui ne font pas partie de Convergences et alternative – et Convergences et Alternative, nos convergences sont plus fortes. C’est pourquoi nous continuons à avancer ensemble dans la bataille de congrès, tout en mettant en place un mode de fonctionnement qui soit respectueux de nos autonomies respectives et ne nous oblige pas à assumer nos choix respectifs. C’est la raison de notre décision de mettre en place une coordination régulière.

Le bilan critique de la séquence des régionales tiré par une partie des camarades de la position A témoigne du fait qu’une modification substantielle de la configuration politique du NPA est à l’ordre du jour. Il en est de même, pour partie, de la récente déclaration de 38 membres du CPN de l’ex-position A mais celle-ci reste encore ambiguë dans sa conclusion sur les choix d’orientation à faire. Si un rassemblement est possible et souhaitable, il doit se faire sur des bases politiques claires, sinon il explosera lors des prochaines échéances politiques et la déception sera à la hauteur de l’espoir qu’il aura suscité. Ainsi, nous pensons que les amendements dits « Christine-Sandra », l’orientation défendue dans plusieurs contributions et déclarations d’une partie de l’ex-position A ne sont pas des divergences secondaires, comme l’écrivent les 38 camarades dans leur déclaration, mais contradictoires avec l’orientation que nous souhaitons que le congrès décide.

Le NPA que nous voulons doit rompre avec la logique d’isolement qui est devenue, hélas, la sienne.


La crise politique, économique, sociale et écologique, aussi bien internationale que nationale, valide la nécessité pour le NPA de se doter de propositions politiques offensives. Celles-ci doivent nous permettre de peser dans la recomposition de la gauche de la gauche, qui est urgente. Le prochain congrès doit se situer dans cette perspective et s’en donner les moyens.

Dans le même temps, le NPA doit aussi participer aux débats, voire les initier, qui vont traverser toutes les forces se situant à la gauche du Parti socialiste. Le débat ne porte pas sur un quelconque ralliement au Front de gauche mais sur la nécessité de répondre à l’aspiration d’unité légitime et nécessaire à la gauche de la gauche. Dans ce sens, le NPA portera publiquement d’une manière offensive devant les travailleurs, le mouvement social et la population la perspective d’un front social et politique. Il s’adressera à toutes les forces de la gauche de la gauche, y compris le Front de gauche, pour leur proposer ce que devrait être une plateforme politique pour les mobilisations et qui pourrait être, sur le terrain politique, la base d’un front qui aille au-delà de simples accords ponctuels sur telle ou telle question. La viabilité d’un tel projet se mesurera à la capacité de se mobiliser en commun contre la remise en cause des acquis sociaux et démocratiques perpétrée à l’échelle européenne par l’Union européenne et les différents gouvernements nationaux. C’est avec cet état d’esprit que nous aborderons la possibilité de campagnes et de candidatures communes lors des prochaines échéances sociales et électorales, ce qui implique une totale indépendance à l’égard de la social-démocratie.

La constitution d’un tel front politique et social pourrait s’ouvrir largement aux militants associatifs, syndicaux, et représenter ainsi un correspondant politique au mouvement social. Les mobilisations dans les quartiers, les entreprises, contre la précarité et les discriminations, pour le féminisme et l’écologie, et tant d’autres combats, doivent trouver une traduction dans cette proposition.


En conséquence, il faut poursuivre notre approche et notre démarche avec la volonté de rassembler.

Plus que jamais, nous avons la conviction qu’au-delà des positions prises par les uns et les autres depuis la création du NPA, nous sommes beaucoup à partager une grille d’analyse voisine, qui n’épuise pas tous les débats, mais dont le point commun, et c’est là l’essentiel, renvoie à une conception commune de ce que devrait être le NPA.

jeudi 20 mai 2010

Faire front pour rassembler la gauche antilibérale et anticapitaliste

Résolution politique générale adoptée par la réunion nationale du courant Convergences et alternative des 8 et 9 mai 2010.

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Les résultats des élections régionales de mars dernier, qui ont retenti comme une belle claque politique pour le pourvoir sarkozien et ouvert une situation totalement nouvelle à gauche, renforcent encore plus la nécessité et l’urgence de construire l’unité sociale et politique de la gauche de transformation sociale, enjeu crucial si l’on veut construire des résistances à la droite et fournir une alternative à la politique du Parti socialiste. L’absence d’unité électorale complète entre toutes les composantes de la gauche de transformation a affaibli ses résultats globaux. Mais ces derniers montrent aussi clairement que l’aspiration unitaire est dominante en son sein. Les électeur-trice-s ont préféré choisir les listes qui indiquent le début d’un rassemblement, à la posture isolationniste du NPA qui a été désavoué. Cet échec exige du NPA qu’il se tourne vers une autre politique : il ne peut plus prétendre représenter à lui seul l’alternative dont les salarié-e-s et les classes populaires ont besoin, il ne peut plus se dérober aux exigences d’une unité avec d’autres forces à gauche du PS.

Le Front de gauche, constitué pour les élections des européennes, a proposé son élargissement pour les régionales. Mais ce dernier n’a été en fait que partiel (listes « Ensemble »), en raison souvent des blocages d’appareil. Dans quelques régions, cependant, c’est la totalité de la gauche de gauche, incluant le NPA, qui s’est unie et a fait campagne, donnant au « front » ainsi construit une dynamique militante nettement plus attractive. Tel est notre objectif. Au plan national, le Front de gauche marque la vie politique. Il se situe aujourd’hui comme un cadre incontournable de la recomposition à gauche du PS. Nous sommes favorables à son élargissement aussi bien sur le plan des forces politiques rassemblées que sur son enracinement dans le mouvement social.

Des convergences sont possibles

Les « unitaires » du NPA doivent défendre la perspective du rassemblement dans le débat du NPA et chercher à la rendre majoritaire dans le futur congrès. Mais elles et ils doivent aussi agir sans attendre dans le rassemblement en cours pour l’ouvrir et le transformer en un Front le plus large possible et le plus dynamique. Elles et ils peuvent jouer un rôle non négligeable, à leur échelle, pour qu’une composante significative de la gauche anticapitaliste soit présente et pèse dans cette perspective de rassemblement et sur ses contenus.


Depuis les régionales, plusieurs documents publics et plusieurs propositions convergent dans la même direction : la recherche du rassemblement, qui n’enlève pas la nécessité de persévérer dans le débat pour surmonter les obstacles ou les logiques routinières.


Nous (Convergences et alternative) avons participé à la déclaration « Faire Front pour ouvrir l’espoir à gauche » avec les Communistes unitaires, les Alternatifs, la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), pour affirmer ensemble que: « L’urgence est maintenant d’ouvrir les fenêtres d’un rassemblement à l’ensemble des forces politiques, syndicales, associatives et citoyennes de la gauche de transformation sociale. Leur implication est indispensable à la levée d’une dynamique et à une construction politique nouvelles. Cette union est attendue par toutes celles et ceux qui veulent résister et reprendre l’offensive contre le néolibéralisme ; qui veulent mener la bataille contre le Front National. Nous nous associerons à toute démarche allant dans ce sens. Il faut reprendre l’initiative tous ensemble, construire des convergences collectives à la base pour créer une dynamique de rassemblement. Nous sommes favorables à toutes initiatives, au niveau local, départemental, régional, s’appuyant sur les expériences unitaires en cours, aboutissant à des assises nationales d’un front ouvert à toute la gauche de transformation sociale, pour un travail d’élaboration et d’action politique en commun, dans les luttes sociales comme dans les prochaines échéances électorales. NOUS EN SERONS ! ».


De leur côté, conscientes de l’écart entre les potentialités du Front de gauche et sa réalité électorale, populaire et militante, les trois organisations du Front de gauche cherchent, chacune à sa façon, des pistes permettant sa relance sur des bases nouvelles.
- La Gauche unitaire indique ainsi qu’il faut « ouvrir encore » le Front de gauche, et « trouver les chemins d’une véritable dynamique militante et populaire, au-delà d’un fonctionnement cartellisé ». Elle propose la « tenue, sur le terrain, d’assemblées régulières de discussion, ouvertes à toutes celles et tous ceux qui seraient intéressés et qui partageraient ses objectifs politiques, même s’ils n’adhèrent à aucune des composantes nationales du rassemblement » ; ainsi qu’ « une plate-forme partagée et une offre politique pourrait sortir des Assises du Front de Gauche ....d’ici la fin de l’année 2010 » faisant « l’objet d’une préparation à l’échelon local comme départemental ».
- Le Parti de gauche formule lui aussi plusieurs propositions. Tout d’abord : « poursuivre partout où c’est possible l’union des forces qui se sont rassemblées dans les listes aux élections régionales », « c’est ce qui est en cours dans la forme la plus large en Languedoc R. et en Limousin. Là où ce n’est pas possible régionalement, il faut le faire dans les départements. Cela peut permettre de concrétiser un « front de gauche élargi ». Ensuite, « élargir le Front de Gauche à d’autres organisations », « inviter les partie prenantes de la campagne des régionales à y entrer. C’est un premier pas nécessaire, mais il n’est pas facile, ni assuré. Au niveau national, pour d’autres organisations et courants, notamment pour les partenaires des listes « Ensemble » (Alternatifs, FASE, MPEP, R&S, Alternative Citoyenne, groupes locaux ... sans parler du NPA) ».
- En ce qui concerne le PCF, les termes utilisés tournent autour des mêmes idées : élargir, transformer même le Front, au mouvement social, aux intellectuel-le-s, à d’autres forces politiques, même s’il est évident que le congrès du PCF en juin sera décisif. On sait le dilemme du PCF. S’il ne confirme pas l’orientation de type « Front de gauche », l’alternative est un retour vers une alliance avec le PS, que certain-e-s défendent dans le PCF. Mais s’il confirme le Front de gauche, il est entrainé dans une dynamique qui à chaque fois bouscule son appareil et ses choix identitaires « autour du parti » et aggrave ses tensions internes.
Même si le cadre du Front de gauche est imparfait, que sa progression ne sera pas un long fleuve tranquille, que des batailles politiques devront y être menées, sur la base des positions des un-e-s et des autres, il y a amplement matière à discussions et des convergences sont possibles, pourvu que la volonté y soit. Il faut donc répondre positivement aux propositions permettant un processus d’ouverture et de transformation aboutissant à des assises d’un front de gauche transformé réunissant toute la gauche antilibérale et anticapitaliste.

Des propositions concrètes pour avancer


Dans cette perspective le courant Convergences et alternative défendra les propositions suivantes.
Dans le cadre de la construction de mobilisations unitaires le plus larges possibles (sur les retraites, les services publics,…), nous défendons la constitution d’un front politique de la gauche antilibérale et anticapitaliste qui puisse dégager des solutions alternatives et élaborer ainsi le contenu de possibles fronts communs à construire, à toutes les élections, pour défendre ses propositions.
Nous prenons appui pour cela sur les expériences réussies de convergences qui se sont construites au cours des derniers mois (notamment à l’occasion des dernières élections régionales), et où militant-e-s du NPA, du PCF, des Alternatifs, de la Fase et au delà peuvent témoigner de la nécessité et de l’utilité d’un rassemblement politique sans exclusive de l’autre gauche. Ces expériences peuvent et doivent peser dans la reconstruction du front unitaires au niveau national.
A toutes les étapes, à tous les niveaux (local, régional, national), nous nous battons pour que le NPA en tant que tel intègre le processus de convergence unitaire. C’est essentiel pour l’amener à choisir, sans attendre son congrès, mais aussi au moment son congrès. Quand le NPA s’y refuse, nous proposons à tou-te-s les « unitaires du NPA » de le faire. Et dans tous les cas, quand ce n’est que notre courant, Convergences et alternative, qui veut le faire, nous le faisons.


Les axes politiques de cette orientation sont à élaborer et à enrichir de nouvelles contributions, notamment à partir de ce que nous avons produit au fil des mois au sein du courant. Nous défendrons ainsi les idées essentielles qui nous ont rassemblées dans Convergences et alternative et qui fait l’utilité de notre contribution (cf. les textes de fondation du courant et les différentes déclarations et résolutions politiques adoptées par la suite lors de nos différentes réunions nationales).
  • La construction, comme perspective de moyen/long-terme d’une nouvelle force, un parti issu de coalitions larges cherchant à contester l’hégémonie du PS à gauche ; qui ne soit pas faite « autour de » (ni du NPA, du PCF, du PG ou même de la Fase) mais « ensemble », au travers de la convergence de différents courants, un front agissant peu à peu comme parti politique dynamique, et non un « parti creuset » qu’aucune force présente ne représente seule.
  • La nécessité pour la coalition de définir un programme qui réponde à l’urgence de la crise sociale, sur la base duquel nous défendons la perspective d’un gouvernement de la vraie gauche, sur une politique de rupture avec le social libéralisme et les politiques de gestion avec les remèdes libéraux tels que le pratiquent les socialistes au pouvoir notamment dans le sud de l’Europe.
  • L’importance de formuler des propositions politiques alternatives, en s’appuyant sur les nombreuses réflexions qui existent, dans et en dehors des partis. Pour notre part, nous souhaitons continuer le travail commencé en notre sein, dès nos débats de fondation (cf. bulletin de débat), puis par la suite lors des régionales, sur le rapport entre institutions, construction politique et mobilisations sociales, sur la manière de poser la question gouvernementale, la place du mouvement social dans l’élaboration programmatique et les processus d’expérimentations et de transformation sociale, la liaison avec les processus internationaux indispensable…

C’est dans ce sens et sur ces bases que nous agissons avec tou-te-s les « unitaires » du NPA afin que toutes nos instances, des comités au CPN, répondent favorablement à toutes les propositions de débat et d’action unitaire : celle du PG, acceptée par les Communistes unitaires et la Fase de co-organiser avant l’été un débat sur les questions de conception de la politique ; celle des Communistes unitaires qui lancent un nouveau départ, vont investir provisoirement la Fase et prendre des initiatives de discussions stratégiques et programmatiques. Pour notre part, en tant que Convergences et alternative, nous participerons à ces rencontres et débats et agirons en conséquence.

Relancer la dynamique du NPA en menant la bataille au sein et en dehors du parti

Après à peine plus d’un an d’existence, notre parti, le NPA connait une crise profonde. Son utilité politique est certes, de fait, remise en cause par ses résultats électoraux mais également du point de vue de questions stratégiques fondamentales posées par la période : sur les formes d’organisation, de recomposition, d’intervention dans le champ politique et social. Le NPA s’est fondé sur une dynamique s’appuyant sur une aspiration unitaire qui lui a donné son élan initial. Mais il y avait aussi une contradiction fondamentale entre le discours d’un NPA soi-disant construit « par en bas » et sa réalité d’une initiative prise autour de la seule LCR, additionnée de quelques groupuscules. Ce sont ces contradictions qui sont en train d’éclater. Après une phase d’euphorie, nombreux-ses sont celles et ceux qui réalisent aujourd’hui que le NPA, tel qu’il s’est construit, n’est pas ce qu’elles et ils souhaitaient qu’il soit. Dans le même temps, des dirigeant-e-s du NPA en appellent à un retour aux « fondamentaux » et tentent de faire comme s’il était possible de revenir à un « projet initial » soi-disant consensuel. Mais l’histoire ne se répète jamais, surtout quand elle a déjà tranché. L’idée de construire un parti alliant le meilleur des traditions du mouvement ouvrier uniquement « par le bas », sans rencontrer d’autres cultures structurantes était, dès le départ, une fausse bonne idée, à qui la réalité de la lutte des classes s’est chargée de faire durement la peau.

Si nous voulons, non pas « revenir » à un projet fondateur confus et contradictoire, mais relancer, sur de bonnes bases, la dynamique militante qui a effectivement existé pendant plusieurs mois au cours du processus de constitution du NPA, il nous faut aujourd’hui clarifier une série de points importants. Le NPA est-il par lui-même la représentation politique qui traduise à lui seul l’alternative qui manque à gauche ? Se contente-t-il de regrouper les forces issues de l’extrême-gauche, ou cherche-t-il à se rassembler avec des courants issus de traditions différentes ? Cherche-t-il à construire un parti de masse, large, pluraliste, anticapitaliste ? Ou un parti d’ « avant-garde » révolutionnaire ? Ces questionnements, restés trop longtemps sans réponses, et les incompréhensions et quiproquos qui en ont résulté sont à la source de la crise que connaît le NPA et qui interroge bien des militant-e-s qui l’on rejoint. Le prochain congrès doit trancher et dire si le NPA reprend une démarche de débat avec d’autres forces ou courants, ou s’il se contente d’un objectif d’auto-grossissement autour du noyau initial.


La construction d’une alternative politique, changeant le rapport de force à gauche face à la domination du social-libéralisme, passe par un front des forces, qui constituent des coalitions dans les mobilisations sociales et les élections, puis posent la question de la force politique à créer. Cette question s’adresse à toutes les forces qui vont du NPA au PCF, jusqu’aux secteurs de la gauche des Verts et ceux du PS qui refusent sa transformation en parti démocrate cherchant des alliances vers la droite. Elle rencontre des résistances dans la direction du PCF, qui oscille entre une perspective de type Die Linke (en Allemagne) et une construction autour de lui-même refusant d’envisager son propre dépassement. Mais elle traverse en fait les forces de la gauche « radicale » au sein de laquelle s’inscrit le NPA qui reste une composante incontournable si l’on envisage un rassemblement d’une gauche de gauche en France.


On ne peut plus considérer qu’à côté du NPA il n’y a que « le PS et ses alliés ». Il y a bien des forces qui étaient associées aux coalitions « Ensemble » et qui partagent avec nous cette volonté de construction d’une nouvelle force politique alternative. On ne manque pas de « partenaires » avec qui engager la discussion. Et si des avancées réelles en termes de construction véritablement unitaires ne sont pas faites, l’éparpillement menace de l’emporter. S’il veut refonder une perspective de rassemblement d’une force nouvelle, le NPA ne peut éviter d’entrer en discussion avec d’autres partenaires, en apprenant aussi des expériences positives qui se déroulent en Europe à la gauche de la gauche. Aucune ne s’est faite autour d’un seul courant.


Tel est l’enjeu de taille qui se pose pour l’ensemble de la gauche de transformation sociale. C’est donc autour de cela que doit se faire le congrès NPA et que tou-te-s les « unitaires » de la gauche antilibérale et anticapitalistes doivent agir dès maintenant.

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ADDENDUM


Le courant Convergences et alternative, réuni nationalement les 8 et 9 mai, soutient le texte de résolution « Le NPA doit changer au plus vite son orientation politique » faite au CPN des 27-28 mars sur le bilan et les perspectives après les régionales.

vendredi 7 mai 2010

« Unité • Alternatives • 42 », un nouveau journal, unitaire et porteur d’alternatives

Parce que nous partageons très profondément les mêmes analyses et les mêmes orientations, comme nous avons pu le vérifier ces derniers mois, les militant-e-s de la Loire de Convergences et Alternative, courant unitaire du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) et de Capagauche ! 42/FASE (qui regroupe les collectifs du département de la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique) ont décidé de publier ensemble un journal. Pour le « numéro zéro » de cette publication commune, nous avons choisi de publier deux textes collectifs récents, qui expriment chacun à leur manière des exigences d’unité, de résistance et d’alternatives que notre journal commun veut faire vivre.


« Unité • Alternatives • 42 », un nouveau journal, unitaire et porteur d’alternatives


jeudi 15 avril 2010

Faire front pour ouvrir l’espoir à gauche

Déclaration unitaire rendue publique le 9 avril 2010. Une version au titre modifié est également parue dans le journal Politis ce même jour.
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Les élections régionales marquent l’ouverture d’une crise politique et démocratique profonde. La désaffection sans précédent des citoyen-ne-s souligne la nécessité d’une révolution démocratique, de nouvelles formes politiques, d’un dépassement de l’actuelle crise du rapport représenté-e-s – représentant-e-s.
Dans le même temps, le verdict de ce scrutin est sans appel : c’est une claque pour la politique du gouvernement et de Sarkozy. Avec 36 %, le score le plus bas pour la droite sous la 5° République, le Sarko-populisme a perdu de sa superbe et de sa légitimité. Sa politique antisociale brutale, ses discours démagogiques, alors que les difficultés de la vie quotidienne se sont fortement aggravées depuis la crise financière, nourrissent le dégoût et l’abstention massive, et renforcent le vote pour le Front National.
Le pouvoir perd en légitimité au moment où il s’apprête à appliquer, comme dans le reste de l’Europe, les recettes d’austérité visant à faire payer la crise aux plus défavorisés. Les combats sociaux, politiques et citoyens sont donc devant nous.
La gauche de transformation sociale devra non seulement soutenir et renforcer les luttes en cours, mais construire également avec le plus large éventail de forces sociales et politiques possibles, les réponses à la hauteur des changements nécessaires pour faire face à la crise économique, sociale, environnementale et démocratique.
Mais pour éviter les désillusions du passé, les renoncements aux conséquences terribles pour le mouvement ouvrier, cette nouvelle gauche doit devenir une force et une alternative incontournable.
Elle doit convaincre que pour sortir de la crise, il est possible de tracer une autre voie que celle suivie aujourd’hui par des gouvernements de gauche en Grèce, au Portugal, en Espagne, enfermés dans les dogmes du libéralisme économique et des traités européens. Elle doit convaincre que l’impératif écologique, essentiel à tout projet d’émancipation, commande d’assumer les ruptures avec l’ordre libéral, ne peut ignorer la crise capitaliste et suppose de réfuter les illusions du capitalisme vert.
Il est urgent de mettre en débat et de faire vivre cette alternative à gauche, engageant une politique de rupture avec le libéralisme et le productivisme, développant une politique de transformation sociale, écologique et démocratique. Une telle dynamique ne pourra se créer qu’avec les citoyen-ne-s et les acteur-trice-s des mouvements de résistance, élaborant les solutions correspondant à leurs attentes. Ces exigences doivent être portées par un rassemblement politique crédible, durable, où puissent converger toutes celles et tout ceux qui luttent pour l’émancipation. Pour cela « l’autre gauche » doit continuer à construire son unité, son rassemblement, et dépasser les logiques isolationnistes.
Si l’unité et la dynamique d’appropriation citoyenne sont loin d’avoir suffisamment progressé lors de ces élections régionales, si l’unité n’a pas été complète, il y a cependant des points d’appui pour l’avenir. Le « Front de Gauche », constitué aux Européennes, s’est allié à d’autres composantes dans les listes « Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologistes, et citoyennes » lors de ces régionales, et l’union s’est faite encore plus largement jusqu’au NPA dans certaines régions. Quand l’unité était au rendez-vous, des dynamiques ont commencé à s’engager dans les urnes mais aussi sur le terrain de l’action collective ; des solidarités et des fraternités militantes sont nées ; l’élaboration de programmes alternatifs a progressé. Le Limousin en a été une expérience emblématique.
Mais des logiques partidaires ont freiné le rassemblement. Des forces unitaires ont été laissées sur le chemin, et le trop faible renouvellement des pratiques politiques n’a pas permis un plein engagement des secteurs du mouvement socialL’urgence est maintenant d’ouvrir les fenêtres d’un rassemblement à l’ensemble des forces politiques, syndicales, associatives et citoyennes de la gauche de transformation sociale. Leur implication est indispensable à la levée d’une dynamique et à une construction politique nouvelles. Cette union est attendue par toutes celles et ceux qui veulent résister et reprendre l’offensive contre le néolibéralisme ; qui veulent mener la bataille contre le Front National.
Nous nous associerons à toute démarche allant dans ce sens. Il faut reprendre l’initiative tous ensemble, construire des convergences collectives à la base pour créer une dynamique de rassemblement. Nous sommes favorables à toutes initiatives, au niveau local, départemental, régional, s’appuyant sur les expériences unitaires en cours, aboutissant à des assises nationales d’un front ouvert à toute la gauche de transformation sociale, pour un travail d’élaboration et d’action politique en commun, dans les luttes sociales comme dans les prochaines échéances électorales.
NOUS EN SERONS !
Gilles Alfonsi (Association des Communistes Unitaires/FASE)

Clémentine Autain (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)
Jean-Jacques Boislaroussie (Les Alternatifs)

Patrick Braouezec (Association des Communistes Unitaires/FASE)

Leila Chaibi (L'Appel et la Pioche/NPA)

Yann Cochin (Convergences et Alternative/NPA)

Pierre Cours Salies (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)

Rachel Lafontaine (Les Alternatifs)
Sylvie Larue (Association des Communistes Unitaires/FASE)
Laurent Levy (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)
Henri Mermé (Les Alternatifs)

Roland Merieux (Les Alternatifs)

Gilles Monsillon (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)
Danielle Obono (Convergences et Alternative/NPA)
Anthony Smith (Convergences et Alternative/NPA)

Pierre Zarka (Association des Communistes Unitaires/FASE)

lundi 12 avril 2010

Faire front pour ouvrir l'espoir à gauche

Voici une déclaration commune entre Communistes unitaires, Alternatifs, Convergences et alternative, Fase. Cette prise de position commune peut inspirer d'autres appels plus larges allant dans le même sens.

Les élections régionales marquent l'ouverture d'une crise politique et démocratique profonde.

La désaffection sans précédent des citoyens souligne la nécessité d'une révolution démocratique, de nouvelles formes politiques, d'un dépassement de l'actuelle crise du rapport représentés - représentants.

Dans le même temps, le verdict de ce scrutin est sans appel : c'est une claque pour la politique du gouvernement et de Sarkozy. Avec 36 %, le score le plus bas pour la droite sous la 5° République, le Sarko-populisme a perdu de sa superbe et de sa légitimité. Sa politique antisociale brutale, ses discours démagogiques, alors que les difficultés de la vie quotidienne se sont fortement aggravées depuis la crise financière, nourrissent le dégoût et l'abstention massive, et renforcent le vote pour le Front National.

Le pouvoir perd en légitimité au moment où il s'apprête à appliquer, comme dans le reste de l'Europe, les recettes d'austérité visant à faire payer la crise aux plus défavorisés. Les combats sociaux, politiques et citoyens sont donc devant nous.

La gauche de transformation sociale devra non seulement soutenir et renforcer les luttes en cours, mais construire également avec le plus large éventail de forces sociales et politiques possibles les réponses à la hauteur des changements nécessaires pour faire face à la crise économique, sociale, environnementale et démocratique.

Mais pour éviter les désillusions du passé, les renoncements aux conséquences terribles pour le mouvement ouvrier, cette nouvelle gauche doit devenir une force et une alternative incontournable.

Elle doit convaincre que pour sortir de la crise, il est possible de tracer une autre voie que celle suivie aujourd'hui par des gouvernements de gauche en Grèce, au Portugal, en Espagne, enfermés dans les dogmes du libéralisme économique et des traités européens.

Elle doit convaincre que l'impératif écologique, essentiel à tout projet d'émancipation, commande d'assumer les ruptures avec l'ordre libéral, ne peut ignorer la crise capitaliste et suppose de réfuter les illusions du capitalisme vert.

Il est urgent de mettre en débat et de faire vivre cette alternative à gauche, engageant une politique de rupture avec le libéralisme et le productivisme, développant une politique de transformation sociale, écologique et démocratique. Une telle dynamique ne pourra se créer qu'avec les citoyens et les acteurs des mouvements de résistance, élaborant les solutions correspondant à leurs attentes.

Ces exigences doivent être portées par un rassemblement politique crédible, durable, où puissent converger toutes celles et tout ceux qui luttent pour l'émancipation. Pour cela « l'autre gauche » doit continuer à construire son unité, son rassemblement, et dépasser les logiques isolationnistes.

Si l'unité et la dynamique d'appropriation citoyenne sont loin d'avoir suffisamment progressé lors de ces élections régionales, si l'unité n'a pas été complète, il y a cependant des points d'appui pour l'avenir.

Le « Front de Gauche », constitué aux européennes, s'est allié à d'autres composantes dans les listes « Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologistes, et citoyennes » lors de ces régionales, et l'union s'est faite encore plus largement jusqu'au NPA dans certaines régions.

Quand l'unité était au rendez-vous, des dynamiques ont commencé à s'engager dans les urnes mais aussi sur le terrain de l'action collective ; des solidarités et des fraternités militantes sont nées ; l'élaboration de programmes alternatifs a progressé.

Le Limousin en a été une expérience emblématique.

Mais des logiques partidaires ont freiné le rassemblement. Des forces unitaires ont été laissées sur le chemin, et le trop faible renouvellement des pratiques politiques n'a pas permis un plein engagement des secteurs du mouvement social

L'urgence est maintenant d'ouvrir les fenêtres d'un rassemblement à l'ensemble des forces politiques, syndicales, associatives et citoyennes de la gauche de transformation sociale. Leur implication est indispensable à la levée d'une dynamique et à une construction politique nouvelles.

Cette union est attendue par toutes celles et ceux qui veulent résister et reprendre l'offensive contre le néolibéralisme ; qui veulent mener la bataille contre le Front National.

Nous nous associerons à toute démarche allant dans ce sens.

Il faut reprendre l'initiative tous ensemble, construire des convergences collectives à la base pour créer une dynamique de rassemblement.

Nous sommes favorables à toutes initiatives, au niveau local, départemental, régional, s'appuyant sur les expériences unitaires en cours, aboutissant à des assises nationales d'un front ouvert à toute la gauche de transformation sociale, pour un travail d'élaboration et d'action politique en commun, dans les luttes sociales comme dans les prochaines échéances électorales.

NOUS EN SERONS !

Gilles Alfonsi (Association des Communistes Unitaires / FASE)


Clémentine Autain (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)

Jean-Jacques Boislaroussie (Les Alternatifs)


Patrick Braouezec (Association des Communistes Unitaires / FASE)


Leila Chaibi (L'Appel et la Pioche / NPA)


Yann Cochin (Convergences et Alternative / NPA)


Pierre Cours Salies (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)


Rachel Lafontaine (Les Alternatifs)

Sylvie Larue (Association des Communistes Unitaires / FASE)

Laurent Levy (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)

Henri Mermé (Les Alternatifs)


Roland Merieux (Les Alternatifs)


Gilles Monsillon (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique)

Danielle Obono (Convergences et Alternative / NPA)

Anthony Smith (Convergences et Alternative / NPA)


Pierre Zarka (Association des Communistes Unitaires / FASE)

mercredi 7 avril 2010

Le NPA doit changer au plus vite son orientation politique

Contribution sur le bilan des élections régionales soumise au débat du CPN du NPA des 27 et 28 mars 2010 par les membres du courant « Convergences et alternative » : Anthony S.(CPN NPA Chalon), Danièle O. (CE NPA Aubervilliers), France C. (CPN NPA Paris 19e), Mael G. (CPN NPA Paris 10e), Olivier M. (CPN NPA Clermont-Ferrand/Bobigny), Stéphanie T. (CPN NPA Créteil), Yann C. (CE NPA Clamart), Yannick H. (CPN NPA Paris 20e)

1) Une crise politique est ouverte
Le verdict des Régionales est sans appel : la politique de la droite au pouvoir a pris une claque historique, descendant à 36%, son score le plus bas sous la 5e République. Les discours démagogiques du « travailler plus pour gagner plus » ou sur l’ « insécurité » ne fonctionnent plus. Avec la réalité de la crise économique, ils n’arrivent plus à cacher la politique antisociale du gouvernement tournée vers la préservation des intérêts des banques et des actionnaires, tandis que pour les autres, c’est plus de chômage, moins de revenus, une remise en cause des acquis sociaux, des services publics, des droits démocratiques. Les manipulations aux relents racistes des thèmes de l’insécurité ou l’ « identité nationale » aboutissent à renforcer le FN. C’est cette politique qui provoque un dégoût et une abstention massive, jusqu’à démobiliser même l’électorat de droite ou le renvoyer vers Le Pen. L’ampleur de cette abstention témoigne plus fondamentalement d’une perte de repères et d’une désaffection profonde vis-à-vis de l’action politique, notamment dans les couches populaires.
Une crise politique est désormais ouverte, se conjuguant avec une crise démocratique. Avec la victoire de la gauche, le retour d’un vote FN indépendant et l’échec de sa « politique d’ouverture », le pouvoir perd sa légitimité au moment où il s’apprête à appliquer une politique d’austérité renforcée. La prétendue « pause » annoncée par Sarkozy ne masquera pas longtemps sa volonté de mettre en place, dès maintenant, une austérité renforcée contre les régimes de retraite, la fonction publique, la protection sociale, les salaires et l’emploi. Ce qui se passe en Grèce, en Islande, en Espagne ou au Portugal, présage de ce que la droite a l’intention de faire en France. La « pause » consiste en fait à laisser le Parlement « délégiférer » pendant un an, c’est-à-dire détricoter le code du travail, de la santé, toutes les législations qui ont été arrachées par de multiples combats sociaux et démocratiques et sont encore un minimum de protection. Il faut donc l’empêcher de nuire, avant même 2012. Les échéances de mobilisations sociales (sur les retraites, l’éducation, la régularisation des Sans-papiers, la culture, etc.) sont autant de moment qui doivent participer à amplifier la défaite électorale et la crise du pouvoir, et redonner confiance aux secteurs militant-e-s et à remobiliser de larges pans de la mobilisation pour résister aux attaques et organiser la riposte.
Ces résultats électoraux provoquent un changement de situation politique, plus que ne l’avaient fait les élections intermédiaires depuis 2007 (municipales, européennes). Ils installent dans le paysage la fin possible du règne de la droite, rendent difficile à Sarkozy la possibilité de répéter le cocktail démagogique qui lui avait permis d’être élu, fragilisent le pouvoir en cas de confrontation sociale. Ils remettent aussi à l’ordre du jour le débat pour une alternative vraiment à gauche pour sortir de la crise capitaliste.

2) Les perspectives se ré-ouvrent à gauche
Avec 52 %, et malgré le taux d’abstention très élevé, l’ensemble de la gauche est majoritaire. Le PS retrouve un niveau électoral qu’il avait perdu ces dernières années. Beaucoup d’électeur-trice-s se sont à nouveau servies du vote PS pour sanctionner une droite de plus en plus insupportable, sans pour autant approuver sa politique social-libérale. Ce parti semblait pourtant rapidement perdre du terrain à gauche après les Européennes, mais tant que le principal objectif des électeur-trice-s reste de s’opposer à la droite au pouvoir, le vote PS est encore utilisé, notamment aussi parce qu’une alternative plus crédible n’existe pas. Mais dans le même temps, la remise en cause de son hégémonie politique à gauche reste engagée : son orientation sociale-libérale, ses choix d’alliance, l’anticipation des compromis à accepter (les retraites), ses luttes de pouvoir (primaires) sont autant de contradictions à venir.
Par ailleurs, la gauche se transforme. Elle voit se confirmer une composante écologiste importante, qui souligne que la lutte contre les dangers menaçant notre environnement est devenue une préoccupation majeure. Europe Ecologie apparaît pour partie comme « une autre solution » face au PS, mais devra clarifier ses choix stratégiques, ses alliances et les rapports antagoniques entre programme écologique et logique capitaliste. La gauche de gauche, même moins influente qu’il serait nécessaire, s’installe comme perspective durable. L’écroulement du Modem qui ne passe pas les 5 % traduit le fait que les électeur-trice-s ont rejeté l’illusoire perspective d’une 3e voie, et, du coup, prennent le PS à contre-pied. Celles et ceux qui rêvaient de faire alliance avec lui, y compris dans Europe Ecologie, pour justifier la nécessité d’accepter des choix politiques libéraux, sont contraint-e-s de remiser pour le moment ce choix qui a fait tant de mal aux forces de gauche en Europe. Pour battre la droite, pas besoin du Modem : il faut s’unir à gauche sans préalables. Et pour une sortie de crise en faveur des intérêts des salarié-e-s, il faut une politique de rupture avec le social-libéralisme, que celui-ci soit allié ou non avec le Modem.

3) La nécessité d’un rassemblement unitaire
Les résultats et la nouvelle situation qui s’ouvre soulignent encore la nécessité d’accentuer l’unité sociale et politique de la gauche de transformation sociale, unité cruciale si l’on veut construire des résistances à la droite et fournir une alternative à la politique du Parti socialiste. L’absence d’unité complète entre toutes les composantes de la gauche de transformation a affaibli ses résultats globaux. Mais ils montrent clairement que l’aspiration unitaire est dominante en son sein. Les écarts entre les listes « Ensemble/Front de Gauche » ou les listes d’unité plus partielle, et celles du NPA isolé sont sans appel : 2,5 % pour le NPA en moyenne dans les 13 régions où il se présentait seul, entre 4,8% et 4,9 % pour les listes où le NPA se présentait dans une configuration unitaire partielle (NPA, PG, Fase, Alternatifs, secteurs du PCF …), 7 % pour les listes « Ensemble » dans les 17 régions où elles étaient présente, 8% ou 13 % où le NPA était allié au le Front de Gauche. Les électeur-trice-s ont préféré choisir les listes qui indiquent le début d’un rassemblement, à la posture isolationniste du NPA qui a été désavoué. Cet échec exige du NPA qu’il se tourne vers une autre politique : il ne peut plus prétendre représenter à lui seul l’alternative dont les salarié-e-s et les classes populaires ont besoin, il ne peut plus se dérober aux exigences d’une unité avec d’autres forces à gauche du PS.
Il faut tenir compte du bilan de ces Régionales pour relancer une perspective de rassemblement d’une gauche de transformation sociale. L’aspiration à une unité sur des bases alternatives est toujours fortement présente. Elle a entraîné un vote massif des militant-e-s du PCF pour des listes indépendantes du PS, en rupture avec la tradition habituelle de listes d’union avec le PS au premier tour des élections locales. Elle a aussi, à un autre niveau, bousculé le NPA qui s’est retrouvé sans majorité, divisé entre trois orientations différentes. Elle a levé un espoir, pendant ces mois de longues tractations entre les partis, parmi des milliers de militant-e-s du mouvement social, de voir enfin se réaliser un rassemblement où elles et ils trouveraient leur place et la traduction de leurs combats sur le terrain politique. Bien des obstacles n’ont pas été surmontés et ont freiné une dynamique possible. En premier lieu, le refus du NPA a affaibli le rassemblement et les résultats en ont été diminués pour tou-te-s. L’absence du NPA du rassemblement des listes « Ensemble…. » l’a empêché de peser sur les évolutions des listes unitaires et de contrebalancer les pratiques hégémoniques du PCF. Le bilan montre pourtant que la divergence sur la participation aux exécutifs n’était pas insurmontable, et n’empêchait pas de faire une campagne dynamique pour rassembler au 1er tour, sans abandonner les débats sur les suites. L’exemple du Limousin a été emblématique, au 1er comme au 2nd tour : une large union réalisée sur un programme alternatif, une dynamique et une camaraderie sur le terrain militant, un résultat électoral à 13%, une solidarité maintenue face aux exclusives du PS, et une dynamique encore plus forte au 2nd tour atteignant presque les 20%. Cet exemple montre un chemin qui était possible ailleurs, comme cela s’était engagé également en Languedoc Roussillon mais sans que cela puisse aller jusqu’au bout.
Les listes « Ensemble » avec le Front de Gauche se sont installées dans le paysage politique de la plupart des régions. Elles confirment ce qui avait commencé aux Européennes : un regroupement du type du Front de Gauche répond à une aspiration réelle au sein de l’électorat de gauche. Certes, leur dynamique a été affaiblie par les divisions au sein du PCF, quand des secteurs de celui-ci n’ont pas suivi la ligne d’indépendance vis-à-vis du PS, ou quand des secteurs de l’appareil ont voulu restreindre le rassemblement autour du seul PCF en ne visant que la réélection de leur sortant-e-s. Bien des listes « Ensemble », dans la préparation du 1er ou du 2nd tour lors des fusions, se sont heurtées à des logiques d’appareil. Le caractère « cartellisé » du rassemblement, l’absence de collectifs locaux ouverts ont eu raison de bien des volontés unitaires. L’implication de secteurs du mouvement social y a été faible, tandis qu’elles étaient inexistantes et impossibles dans la campagne solitaire du NPA.

4) Entrer dans le débat de l’alternative de gauche dans la crise capitaliste
La nécessité de faire bloc reste indispensable, et le Front de Gauche et celles et ceux qui se sont allié-e-s dans les listes « Ensemble » ne peuvent être contourné-e-s si l’on veut forger une alternative politique unitaire dans le soutien aux luttes et contester l’orientation social-libérale du PS, qui reste, malgré tout, majoritaire à gauche. A partir du bilan de ces élections, il est désormais possible de lever les obstacles qui ont été rencontrés. Là où l’unité a été complète, du Front de gauche au NPA, là où des vrais rassemblements unitaires ont vu le jour, sans le NPA, des dynamiques se sont créées dans les urnes mais aussi sur le terrain de l’action collective. Elles montrent la voie à suivre : un front politique et social permanent, capable de fournir une alternative politique à gauche et d’aborder ensemble les prochaines échéances sociales et électorales. Capable aussi de construire collectivement une autre représentation politique. Le NPA doit appuyer et participer aux initiatives de type appels ou assises, localement ou au niveau national, pour ouvrir et étendre le rassemblement des listes « Ensemble » encore incomplet. C’est à cette urgence et à cette nécessité unitaire que le NPA doit répondre dès maintenant : un bloc de l’autre gauche, large, ouvert à toutes les composantes, aux représentant-e-s et acteur-trice-s du mouvement social, s’appuyant sur des collectifs unitaires locaux.
Les débats pour forger un bloc alternatif vont désormais se poser différemment. Le défi à relever est celui d’une cohérence permettant d’offrir une solution politique de sortie de la crise économique en faveur des intérêts de la classe salariée et de la majorité de la population. L’éclatement social résultant de la crise et des effets multiples de la mondialisation rend plus difficile une alternative crédible. Celle-ci implique une recomposition attractive à gauche du PS, mais aussi une recomposition des repères de classe, indissociablement liée aux questions écologiques et à la lutte contre toutes les oppressions. Il est donc urgent que le NPA change d’orientation et s’attèle au plus vite à cette tâche.
Il faut bien sûr commencer par l’unité dans l’action, le développement et le soutien au mouvement de grèves, pour défendre les retraites à 60 ans, les services publics, etc. L’unité de toute la gauche politique et syndicale, le recours à toutes les formes de mobilisations, referendum, débats publics de masse comme lors du referendum sur le TCE…, en appuyant sur la crise politique et l’illégitimité des contre-réformes du pouvoir. Pour les forces qui composent la gauche de gauche, il y a ainsi un terrain spontané de convergences dans les mobilisations sociales. Mais elles doivent faire plus : elles doivent avoir la volonté partagée de proposer une solution politique globale, cohérente, qu’elles chercheront à rendre majoritaire à gauche, dans les mobilisations, et qu’elles devront défendre en commun lors des prochaines échéances électorale. L’enjeu est de construire une force politique rassemblée capable de se nourrir des mobilisations sociales, de porter cet espoir d’issue politique au sein du mouvement populaire, de bousculer les rapports de force à gauche en faveur d’une politique de transformation.
C’est une des leçons des régionales : il faut plus d’unité, et une unité enracinée dans les localités, les entreprises et les quartiers, appuyée sur des comités unitaires de base. Le NPA doit décider d’apporter sa contribution et de prendre sa place dans un front qui s’élargisse et se transforme, tire les leçons des divisions antérieures, redonne un espoir à gauche. Les cantonales en 2011, suivie des législatives de 2012, pourront être l’occasion de présenter des candidatures unitaires qui défendent ce projet de mesures pour changer la vie de tout ceux qui subissent la crise. Et en abordant la discussion par le biais du programme législatif à défendre, on pourra essayer de surmonter le piège tendu par la 5e République à chaque élection présidentielle, qui dépolitise le débat et personnalise la politique, en cherchant une candidature rassemblant les différentes forces autour d’un même projet.

Le parti que nous construisons actuellement est-il un outil dans cette perspective ? En a-t-il la volonté ? S’il veut refonder une perspective de rassemblement d’une force nouvelle, le NPA ne peut éviter d’entrer en discussion avec d’autres partenaires potentiels, en apprenant aussi des expériences positives qui se déroulent en Europe à la gauche de la gauche. Aucune ne s’est faite autour d’un seul courant. L’échec de notre politique électorale et les reculs dans notre construction nous obligent à reprendre ces discussions lors de notre prochain congrès.