jeudi 19 janvier 2012

Démondialisation : que faut-il déconstruire ?

Stéphanie Treillet, Lignes d’Attac,  28 décembre 2011

Deux questions interdépendantes semblent utiles pour ce débat :
• Pense-t-on que les attaques contre le salariat et la dégradation du rapport de force que nous avons connues au cours des dernières années proviennent directement de la mondialisation en tant que telle?
• Cette première question nous conduit à tenter de préciser ce qu’on entend par mondialisation et les mécanismes par lesquels elle agit pour transformer les économies. 
La mondialisation, en effet, n’apparaît pas comme un rouleau compresseur face auquel les gouvernements des États-nations seraient impuissants, et contre lequel il conviendrait de leur restituer des armes. Ceux-ci constituent au contraire les instruments et les médiations, indispensables au capital, de la mise en concurrence généralisée des travailleurs et de tous les systèmes productifs et sociaux sur toute la planète.
Ajoutons qu’il importe de distinguer ce qu’il faut faire à présent, dans le contexte de gouvernements pratiquant des politiques néolibérales et d’austérité, et dont on ne voit pas pourquoi ils y renonceraient à l’abri de barrières protectionnistes, de ce que pourrait ou devrait faire une gouvernement entreprenant une rupture avec ces politiques et une transformation sociale véritable, et décidé à défendre ce processus contre des mesures de rétorsion.
Au coeur de la confrontation capital-travail de ces trente dernières années et des mécanismes qui ont conduit à une diminution d’environ 10 points de la part des salaires dans la valeur ajoutée, il y a le chômage de masse, la précarité et le sous-emploi.

mardi 20 décembre 2011

Contre l’Europe du « Merkozy », des initiatives de la gauche européenne pour une issue sociale et démocratique


Oskar Lafontaine (Die Linke) et Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) à Strasbourg le 14 décembre 2011. Source: "L'oeil de la campagne"
Jusqu’où iront les chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe ? 
Jusqu’à piétiner la démocratie, la souveraineté populaire, le droit des peuples à décider. Ainsi Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont imposé à 26 Etats sur 27 la course vers un nouveau traité, un super-Maastricht, du nom du traité qui décidait l’euro et imposait ensuite un Pacte de gestion (pas plus de 3% de déficit public, pas plus de 60% du PIB pour les dettes) uniquement dirigé contre le niveau des salaires, des retraites, des dépenses publiques. Ensuite, la crise mondiale de 2008 n’a fait que transférer aux Etats les montagnes de dettes privées qui permettaient au capitalisme de tourner au profit des actionnaires et des rentiers. Aujourd’hui, devant la pression des marchés et des agences de notation qui menacent toute l’Europe de dégradation, Merkel et Sarkozy veulent frapper un grand coup : installer une police politique européenne de l’austérité, qui deviendrait la loi constitutionnelle de toutes les sociétés. Ils veulent créer un choc politique et psychologique auprès des peuples : choisir entre  l’enchaînement à la finance mondiale, ou le chaos. Cela n’empêche nullement N. Sarkozy par ailleurs de courir sur les traces de M. Le Pen et ses discours nationalistes. 
Eh bien, il faut dire NON, comme nous avons dit NON en 2005. F. Hollande se prononce pour renégocier, s’il est élu, le traité Merkozy prévu pour mars 2012. Il dit : faites-moi confiance. Mais en 2005, il a voté oui ! Seule une mobilisation et un rassemblement massif à gauche peuvent imposer une autre vision de l’Europe, coopérative, basée sur le renforcement des droits sociaux et le blocage du pouvoir de la finance. Un des enjeux de la campagne du Front de gauche dès janvier. 

Convergences et alternative, 20 décembre 2011


A lire et à diffuser largement
- La déclaration « Moins de “Merkozy”, plus d'Europe sociale et démocratique! » adoptée le 12 décembre 2011 à Bruxelles par le conseil des présidents du Parti de la Gauche Européenne.
- La déclaration commune, le 14 décembre 2011 à Strasbourg,  de Jean Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine(co-fondateur de Die Linke en Allemagne) qui lancent un appel aux salarié-e-s français-e-s et allemand-e-s pour des actions et des politiques convergentes afin de reprendre le contrôle sur le système financier et défendre les acquis sociaux, et exigent la convocation de référendums dans les deux pays sur les nouveaux traités européens en préparation.
- Laction concertée du Front de gauche et de Die Linke devant leurs parlements respectifs: « Les gauches française et allemande passent à l’attaque ».

mercredi 7 décembre 2011

Retour sur le scandale de la banque Dexia


La faillite de la banque Dexia est un exemple illustratif d’une spéculation sur des dettes illégitimes.
Spécialisée en France dans les prêts aux collectivités, elle fut sauvée de la crise en 2008 par l’injection de dizaines de milliards d’euros par les gouvernements belge et français. En quasi-faillite en 2011, le gouvernement belge la nationalise en indemnisant les actionnaires. Mais en France, on la scinde en deux entités, dont une conservera tous ses titres toxiques et sera fusionnée avec  la Caisse des Dépôts et la Banque Postale.
Le pire, ce sont les pratiques de cette banque. Elle a poussé des hôpitaux, des communes des départements, à emprunter sur des produits financiers spéculatifs compliqués, à taux variables, et la crise venant, ces emprunts ont tourné à la catastrophe. Contracté à 3 ou 5 % au départ, les taux d’intérêts sont montés à 20 ou 25 %. Une dette inadmissible, qui écrase les finances de ces institutions. 

mardi 29 novembre 2011

« Une première assemblée citoyenne d’entreprise à la gare d’Austerlitz à Paris »

 
Nous avons interviewé Tony Fraquelli, cheminot à Austerlitz.

Comment s’est constituée votre assemblée citoyenne sur la gare ?
Sur Austerlitz l’idée d’un collectif politique unitaire court depuis pas mal de temps. Certains militants étaient d’accord mais il restait encore des blocages venant souvent de plus haut et ça n’avait pas abouti. Puis le mouvement des retraites et les luttes sociales ont alimenté la discussion entre nous et parmi ceux qui s’étaient lancés dans la bagarre. D’ailleurs on s’est fait interpellé sur le mode : « on se rend compte que le syndicat, s’il est indispensable, ne suffit pas, vous les militants politiques qu’attendez-vous ? On a également besoin d’unité politique. »
Mais il y avait encore des résistances au sein du PCF. Puis il y a eu le discours de D. Le Reste à Gennevilliers, dans le cadre de l’appel  « Pour une dynamique populaire du Front de gauche », disant qu’il ne fallait pas attendre les consignes mais avancer. Dès le lundi matin les camarades du PC m’appellent en disant :« on y va ».
On décide donc de lancer un appel initié par des militants Parti communiste et Convergences et alternative. Seulement on est tous militant CGT, ça marque, ça laisse des traces parce qu’on a la même culture syndicale. Cet appel est tout de suite repris par douze cheminots.
Cela a été l’occasion de rediscuter politique, de revenir sur les expériences passées en particulier la gauche plurielle, mais on sent encore de l’attentisme parmi les cheminots en particulier sur notre candidat. Certains attendent de voir, d’aller plus avant dans la campagne pour être rassurés sur l’orientation du Front de Gauche.

samedi 26 novembre 2011

Un directoire Sarkozy-Merkel... ou une Europe solidaire

Jean Claude Mamet, bulletin Convergences et alternative, n° 9, 22 novembre 2011, p. 1-2.  

Et de deux ! En quelques jours, deux gouvernements tombent en Europe, fauchés par la pression des marchés et des agences de notation. Personne ne se plaindra du sort de Berlusconi. Le peuple grec ne pleurera pas non plus le « socialiste » Papandréou. Il a cru jouer un coup d’autorité politique par un référendum (sans doute pour calmer la mobilisation populaire croissante), avant de se coucher devant le duo Merkel-Sarkozy. Le Merkozy, nouveau condominium germano-français à la tête d’une Europe qui craque de partout, est allé jusqu’à lui dicter les termes de sa consultation, pourtant parfaitement légitime, au point de la transformer en reddition : il valait mieux quitter la scène. Le rouleau compresseur libéral-financier ne fait donc pas dans la dentelle : il descend aussi bien un chef de gouvernement d’ultra-droite qu’un soi-disant socialiste. Inversement, la droite pourrait reprendre le pouvoir dans l’Etat espagnol, comme elle l’a déjà fait au Portugal, contre une gauche veule et disciplinée. Quant à la Grèce, les socialistes du PASOK sont maintenant pieds et poings liés dans une alliance droite, gauche, extrême-droite, dirigée par un ex-gérant de la BCE. Autant dire le suicide politique.
Pendant ce temps, l’indignation populaire monte partout. Mais son devenir n’est pas écrit. D’un côté et c’est le bon côté elle est porteuse d’invention politique dans les nouveaux mouvements massifs d’occupation des rues (« indignés »), qui a atteint Wall Street après la Puerta del Sol de Madrid, et qui bouscule toutes les routines traditionnelles de l’action sociale, plaçant la solidarité et la démocratie au cœur du projet pour « faire société ». D’un autre côté très inquiétant la course de vitesse est engagée entre la prise de distance massive des peuples vis-à-vis des « politiques » (plus de 60% des Français-e-s ne font plus confiance en personne, selon le Centre d’étude de la vie politique française), et le choix entre l’offensive autoritaire libérale-technocratique (le Merkozy), parée d’un vague idéal fédéraliste européen, et l’attrait alarmant des nouveaux réactionnaires, épousant la souveraineté populaire dans un sens national-social, non solidaire,  racialisé.